Michel Trabuc
Le père de Michel Trabuc, a été assassiné en 2004 par un schizophrène, interné trois ans plus tôt pour avoir commis une tentative d’assassinat et d’incendie volontaire.
Ce schizophrène, Joël Gaillard, qui avait déjà été interné pour avoir commis une tentative d’assassinat et d’incendie volontaire, il avait déjà bénéficié de plusieurs autorisations de sortie temporaire. Quand il a tué Germain Trabuc, il s’était enfui de son hôpital depuis 3 semaines.
Michel Trabuc, son fils, s’est battu pour que la justice reconnaisse la faute de l’hôpital, qui n’a pas pris les mesures de surveillance adaptées malgré le lourd passé psychiatrique de l’agresseur.
La psychiatre de Joël Gaillard, qui suivait le patient et son dossier, a été condamnée par le tribunal correctionnel de Marseille à un an de prison avec sursis pour homicide involontaire. Faisant appel de cette décision, la Cour d’appel d’Aix en Provence a levé cette condamnation, en constatant la prescription de l’action publique.
Aujourd’hui, il ne veut pas en rester là et demande une véritable sécurisation des hôpitaux psychiatriques pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise.
Votre combat pour la justice a commencé en 2004 avec l’assassinat de votre père Germain Trabuc par un déséquilibré déjà connu pour sa dangerosité. Qu’est-ce qui a conduit, selon vous, à ce drame ?
Dans cette affaire, il y a eu une accumulation de fautes médicales qui ont conduit à ce drame.
Joël Gaillard a connu par le passé plusieurs épisodes de délires de persécution, le conduisant à menacer la vie de personnes de son entourage. Chaque fois il a été hospitalisé d’office. Chaque fois, il est ressorti, sur avis d’un médecin jugeant qu’il n’était pas dangereux.
Le 26 mai 2001, Joël Gaillard est arrêté après une tentative d’assassinat et d’incendie volontaire. Jugé irresponsable en raison de sa schizophrénie, il est interné à l’hôpital Edouard-Toulouse de Marseille.
En avril 2003, Joël Gaillard commence à bénéficier de sorties à l’essai, accordées par le préfet de région sur avis médical. Mais le 19 février 2004, il s’enfuit de l’hôpital Edouard-Toulouse au moment de sa réadmission à l’issue d’une sortie à l’essai. Il a dit aux soignants : « Je m’en vais ».
Trois semaines après, Joël Gaillard tue mon père, le compagnon de sa grand-mère à Gap.
Ce n’est pas à Joël Gaillard que j’en veux, c’est au système. Joël Gaillard est extrêmement dangereux. En 2004, on n’a pas géré cette dangerosité.
Etant donné le passé psychiatrique de ce déséquilibré, qui avait déjà bénéficié de deux non-lieux pour irresponsabilité pénale dans d’autres affaires, les experts psychiatriques ont à nouveau conclu à l’abolition de son discernement. De ce fait, la Justice n’a pu conclure qu’à un nouveau non lieu.
Cependant, vous avez porté plainte contre les psychiatres et le préfet de région qui ont autorisé ce malade mental à sortir de l’établissement dans lequel il était interné depuis 2001. Cette plainte a-t-elle pu aboutir ?
Sa dangerosité était connue. J’estime donc que les psychiatres ont une responsabilité dans la mort de mon père. Dans toute cette affaire, on ne peut que constater un manque de suivi de ces malades dangereux et c’est pourquoi j’ai porté plainte.
Au tribunal administratif, j’avais obtenu en première instance la condamnation de l’Etat à me verser 15 000 euros d’indemnités pour le préjudice moral. Mais j’ai fait appel car cela ne me satisfaisait pas. Je voulais que la responsabilité de l’hôpital soit reconnue.
Le 1er octobre 2009, l’hôpital a été enfin condamné par la Cour administrative d’appel de Marseille. La Cour administrative a considéré que l’hôpital Edouard-Toulouse n’avait pas pris les mesures de surveillance adéquates, compte tenu du lourd passé psychiatrique de Joël Gaillard, et que sa fuite mettait en exergue « un fonctionnement défectueux » de son service. Je précise que l’argent m’indiffère. Que vaut la mort d’un père ?
Le combat de l’Institut pour la Justice
Réformer en profondeur les expertises psychiatriques en France
L’examen de la dangerosité des patients psychiatriques dangereux est aujourd’hui largement insuffisant. La protection de la société fasse partie des éléments pris en compte dans les examens cliniques réalisés par les psychiatres, en incluant de nouveaux dispositifs comme les échelles actuarielles, outils psychiatriques validés internationalement et qui permettent d’apprécier le risque de récidive. Pouvoir déterminer le niveau de dangerosité d’un criminel est très précieux pour lutter contre la récidive.
L’Institut pour la Justice et ses experts associés, experts judiciaires et psychiatres, demandent la généralisation de l’utilisation des « échelles actuarielles », outils objectifs d’évaluation recommandés par l’Académie de Médecine et utilisés par nos voisins européens.
L’Académie nationale de médecine, a adopté le 6 novembre 2012 un rapport sur l’évaluation de la dangerosité psychiatrique et criminologique qui vient conforter les analyses de l’Institut pour la Justice. Il est ainsi écrit en page 15 de ce rapport que « l’utilisation des échelles de risque de récidive (méthode actuarielle) est un apport utile pour la transparence de la mesure du risque de récidive ». C’est précisément l’une des mesures que l’Institut pour la Justice met en avant dans ses travaux.
Dr Olivier Halleguen, psychiatre et expert parle de la prise en charge des patients psychiatriques dangereux :