«Le quinquennat d’Emmanuel Macron n’a pas permis de ralentir la progression de la violence en France»
FIGAROVOX.- Un peu plus de la moitié des Français estiment que la situation s’est aggravée en cinq ans en matière de sécurité, selon un sondage Ipsos Sopra-Steria pour France Télévisions et Radio France, publié le 17 février. Cette appréciation correspond-elle à la réalité ?
Pierre-Marie SÈVE.- Je suis heureux de constater que la prise de conscience se fait, car pour combattre une malade, il faut d’abord poser le bon diagnostic. S’il en restait toujours à convaincre, on peut affirmer que cette appréciation effectivement à la réalité.
Oui, la situation sécuritaire s’est détériorée depuis cinq ans. En réalité, historiquement, il y a eu deux vagues successives de hausse de la violence en France. La première vague date des années 1970 : c’est l’explosion des vols, et le début d’une hausse lente mais inexorable des violences physiques, particulièrement les agressions. Dans les années 1990, les Français ont intégré cette violence à leur inconscient : c’est le début des messages «Attention aux pickpockets» dans le métro, le début des ventes de systèmes d’alarme, le début des évitements de certains quartiers à certaines heures de la journée. Cette évolution des comportements façonne encore aujourd’hui la vie quotidienne et a permis aux statistiques sinon de refluer, d’au moins stopper momentanément leur progression.
Depuis le début des années 2010, il est vrai que cette violence repart à la hausse. L’indicateur le plus emblématique est le doublement en 10 ans du taux d’homicidité, qui mêle meurtres et tentatives.
Sur les dix dernières années, les violences sexuelles ont également doublé, les cambriolages ont augmenté de 40% et les coups et blessures ont augmenté de 30%.
L’appréciation des Français sur l’insécurité est donc très loin d’être déconnecté de la réalité.
Le bilan du ministère est-il satisfaisant ?
Le bilan du ministère est incontestablement mauvais. La loi Justice de Nicole Belloubet de 2019 a encore davantage poussé les juges à éviter le recours à la prison. Pendant le confinement, Nicole Belloubet a également envoyé un message calamiteux à tous les délinquants en libérant d’un coup 5 à 8000 détenus. C’était tout simplement irresponsable. Citons enfin la construction de places de prison, 15.000 places étaient promises pour 2022, nous n’atteindrons pas les 3000. Mais nous pourrions continuer en citant par exemple les nombreuses instructions aux parquets, incitant toujours plus à ne pas recourir à la prison.
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