Tribune

Pierre-Marie Sève: «La Justice ne fait pas son travail»

Selon une étude de l'IFOP pour le JDD publiée le 23 juillet, « 73 % des Français affirment que la Justice fonctionne mal ». Pierre-Marie Sève, directeur de l'Institut pour la justice, n'est pas surpris par ce constat et dénonce les défaillances de la chaine pénale..

Publication
26 juillet 2022
Durée de lecture
1 minute
Média
Boulevard Voltaire

«La Justice ne fait pas son travail»

Selon une étude de l’IFOP pour le JDD publiée le 23 juillet, « 73 % des Français affirment que la Justice fonctionne mal ». Pierre-Marie Sève, directeur de l’Institut pour la justice, n’est pas surpris par ce constat et dénonce les défaillances de la chaine pénale..

Marc Eynaud : Un sondage place le garde des Sceaux à 30 % d’opinions favorables. Est-ce que cela vous surprend ?

Pierre-Marie SÈVE. – Cela ne me surprend pas pour deux séries de raisons. La première tient à l’institution : les Français sentent instinctivement que quelque chose ne tourne pas rond dans la Justice française. Lorsqu’ils la côtoient, elle est lente, bureaucratique et de mauvaise qualité. Et lorsqu’ils la voient de loin, à travers les faits divers par exemple, elle est visiblement laxiste avec les délinquants et toujours prompte à punir les honnêtes gens (l’exemple des squats est symbolique avec des squatteurs bien traités et des propriétaires ignorés).

Cette impression est largement basée sur la réalité. Oui, la Justice fonctionne mal : la Justice française est la plus pauvre parmi ses voisins, donc elle est lente et de mauvaise qualité. Et la Justice pénale, elle, manque de places de prison et est gangrenée par une idéologie laxiste, tant chez une partie des magistrats que chez une partie des politiques, ce qui débouche sur une impunité institutionnalisée et inscrite dans la loi.

L’autre série de raisons tient à la personnalité d’Éric Dupond-Moretti. Celui-ci vient de la gauche et il s’inscrit dans cette idéologie qui inverse la culpabilité et l’innocence. Le coupable devient victime de la société et la victime devient coupable d’un statut de supposé privilégié (car propriétaire d’une maison, car Français colonisateur, etc.). Ses déclarations, notamment au début de son ministère, ont beaucoup choqué car c’est précisément cette vision angélique qui a mené la Justice et la sécurité dans la situation actuelle. Ensuite, ce ministre de la Justice est mis en examen, il est entendu dans plusieurs affaires comme potentiel mis en cause et il est en guerre ouverte avec les magistrats, qui refusent de lui parler. C’est tout simplement inédit…

M. E. : Éric Dupond-Moretti ne payerait-il pas l’insécurité croissante ? Si oui, y peut-il réellement quelque chose ?

Oui, il paye certainement l’insécurité croissante, et oui, il y peut quelque chose. L’insécurité est le résultat de défaillances au niveau de la chaîne pénale. Cette chaîne pénale se subdivise sommairement en deux aspects : l’aspect police (celui qui met fin à l’acte interdit) et l’aspect justice (celui qui attribue une punition juste par rapport à l’acte).

Aujourd’hui, l’institution policière fait son travail et a les moyens de le faire : sa masse salariale est importante et en hausse, son nombre d’effectif aussi. Malheureusement, tout le travail de la police est remis en cause par le travail du deuxième maillon de la chaine pénale : la Justice.

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