Chère Madame, cher Monsieur,
La vie de Judikael Hirel a basculé un 13 novembre.
Mais ce n’est pas à cause des attentats.
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Ce jour-là, il a vécu une agression qui aurait pu le tuer. Il est 19h30 à la station de métro Concorde à Paris.
Un homme à la mine patibulaire sort du même train que lui. Il tient une bouteille de bière à la main et semble ivre. Judikael explique qu’en général, il repère assez vite les ennuis potentiels, et le potentiel de cet individu l’a directement frappé.
Chacun s’engage dans le couloir, mais, dans les escaliers un peu plus loin, l’homme en question porte une main aux fesses d’une jeune femme. Elle s’arrête, très surprise, et se retourne directement.
Le ton monte, l’homme est menaçant, Judikael intervient, sans même réfléchir, pour se mettre entre le voyou et sa proie, et part avec elle pour la libérer de ce mauvais pas.
À priori, il n’a fait que défendre une jeune femme, c’est ce que tout homme devrait faire, non ? Non, plus dans la France d’aujourd’hui, ultra violente.
Judikael et la jeune femme avancent côte à côte et il s’apprête à lui tendre sa carte de visite, au cas où elle voudrait porter plainte quand…
L’homme, probablement vexé par la première altercation, surgit par derrière et frappe Judikael sur la tête avec sa bouteille de bière. Judikael s’effondre par terre et l’homme s’acharne sur son visage avec une violence inouïe.
La scène se passe sous le regard des voyageurs qui passent sans y prêter plus d’attention. Et Judikael doit son salut à celle qu’il avait aidée quelques minutes plus tôt. Elle s’interpose, prend des coups, hurle et finit par faire fuir leur agresseur.
3 hommes tentent vainement de lui courir après, mais trop tard. Le mal est fait et cet horrible bonhomme a disparu.
Pour Judikael, la suite est tracée :
– Les pompiers lui portent les premiers secours et le transfèrent aux urgences.
– Là, il attendra des heures dans la souffrance : son visage est détruit. Il a 14 graves fractures sur le visage.
– La médecine légale, passage obligatoire après une telle agression, lui donne 90 jours d’interruption de temps de travail. C’est énorme.
– Le chirurgien fera un véritable travail de dentellière pour rendre à Judikael son visage…
– Aujourd’hui, il doit apprendre à vivre avec la douleur. Son visage tient grâce à une vingtaine de plaques de titane que le chirurgien a soudées entre elles, pour faire tenir les os.
– Et ses proches apprennent à vivre avec un homme qui a vécu un traumatisme. Il y a sa femme, ses enfants, sa famille doit surmonter la peur, la colère, et panser les plaies avec patience et compassion.
Nous connaissons Judikael à l’Institut pour la Justice. Nous l’avons rencontré à plusieurs reprises, nous avons suivi son rétablissement, et nous avons lu son livre « Concorde rouge » qui dépeint sans fard ce qui lui est arrivé.
Il détaille son agression et la vie après un tel choc : la vie de victime.
Judikael décide aussi d’aller plus loin. Oui, il est victime et dorénavant, il en fera son combat. Grâce à son métier (il est journaliste au Figaro), il a pu attirer beaucoup de projecteurs sur le calvaire des victimes, invité par de nombreux médias.
Et à l’IPJ nous souscrivons à tout ce qu’il dénonce et ce qu’il combat.
Ce que vivent les femmes dans les transports en commun à Paris et en Île-de-France
Depuis son agression, survenue après avoir porté secours à une jeune femme, les femmes de son entourage ont commencé à lui parler, à lui raconter, puis d’autres femmes qu’ils connaissait moins. Mais TOUTES, ont au moins une mésaventure à raconter dans le métro.
Des insultes à l’agression, du vol à la main aux fesses… les proies les plus faciles sont souvent les plus jeunes, et les agresseurs le savent.
Judikael, en bon journaliste, ne se refait pas : il recoupe alors tous les témoignages reçus avec les statistiques disponibles. Et la conclusion est sans appel : oui les femmes sont plus vulnérables que les hommes et davantage victimes, surtout dans les transports en commun. Et c’est une grave injustice.
Le constat est implacable mais puisque la criminalité existe, pourquoi diable n’y a-t-il pas en face une réponse adaptée ?
Cela permettrait aux femmes de se sentir en sécurité et aux agresseurs d’être empêchés de nuire. Une solution, aussi bête que simple me direz-vous…
Ajouter des agents de police, des agents de sécurité à la RATP, faire des rondes… Ne pas se contenter de proposer un numéro vert lorsque l’on a été témoin d’une agression.
Une présence qui éviterait bien des problèmes.
Qui aurait peut-être évité ceux de Judikael.
Car dans son cas, malgré sa plainte, rien ne se passe.
L’agresseur n’a pas été identifié. Et pour cause, les bandes des caméras de vidéosurveillance ont été… effacées par la RATP ! « Protection du droit à l’image », « problème de stockage », on justifie comme on peut un manquement très grave.
Car ce genre de pratique revient à donner un blanc-seing aux agresseurs.
Quel effroi pour Judikael de découvrir qu’aucune caméra ne pourra lui venir en aide, son bourreau s’est sauvé et personne ne retrouvera sa trace.
Circulez, il n’y a rien à voir. Pour une victime, qui a besoin de comprendre et de réparation, c’est une fin de non-recevoir.
La Justice n’a strictement rien fait. L’agresseur n’a jamais été retrouvé.
Cette Justice nierait presque ce qui lui est arrivé s’il n’avait pas eu des dizaines de jours d’arrêt de travail et une convalescence douloureuse.
Depuis 5 ans, Judikael témoigne. Il parle de l’insécurité qui galope, surtout dans les transports, du profil des agresseurs, de ce que vivent les femmes, de comment la Justice l’a traité, de la RATP… et tout ce qu’il dit est marqué au coin du bon sens.
Sa voix devrait être entendue, sa colère est juste et constructive. C’est pourquoi, nous sommes très heureux de le voir rejoindre le collectif de victimes de l’Institut pour la Justice.
Comme il le répète souvent, « c’est finalement quelque chose qui pourrait arriver à tout le monde », et c’est la raison même de son engagement.
C’est tout à son honneur.
De l’honneur, Judikael Hirel en a à revendre. Il a même reçu la médaille du courage et du dévouement pour son acte. Même s’il ne comprend pas bien pourquoi. Après tout, pourquoi recevoir une médaille pour avoir fait son devoir. « Mais parce que personne n’intervient jamais en général » lui a répondu un fonctionnaire.
Une explication qui ne lui convient pas : « Comment peut-on ne pas avoir autre chose à faire que de se préoccuper de son prochain ? »
Cher Judikael, nous sommes très heureux de vous accueillir dans le collectif de victimes de l’IPJ pour travailler ensemble à faire entendre leur voix et pour que la Justice gagne.
Avec tout mon dévouement,
Axelle Theillier
Présidente de l’Institut pour la Justice
Ps : « Concorde rouge », le livre de Judikael Hirel est disponible en librairie et en ligne (ici). Il raconte son agression et dénonce tout ce que l’IPJ combat. À lire absolument !